Une coopération avec les États du Golfe dans les pays du Sud a-t-elle un sens ? Un atelier passionnant a été organisé sur ce thème par le BAG Globale Entwicklung, en présence de Lamya Kaddor, députée verte au Bundestag, et de Sebastian Sons, un chercheur qui étudie depuis des décennies l’action des États du Golfe dans les pays du Sud. Roger Peltzer a résumé les conclusions de la discussion dans l’article suivant.

Ce résumé reflète mon point de vue sur les résultats de la discussion. Il ne correspond pas nécessairement à la position de Lamya Kaddor et de Sebastian Sons.

  1. Les pays du Golfe (Émirats arabes unis, Qatar et Arabie saoudite) ont connu, au cours des dernières décennies, un développement culturel, social et économique considérable. En conséquence, les « Arabes du Golfe » ont acquis une bien plus grande confiance en eux et revendiquent aujourd’hui un rôle de premier plan, y compris face aux puissances arabes traditionnelles telles que l’Égypte ou, autrefois, la Syrie. Non seulement le poids économique des pays du Golfe s’est considérablement accru, mais ceux-ci ont également connu une évolution sociale fulgurante. Ainsi, l’Arabie saoudite, par exemple, s’est ouverte sur le plan culturel et social et prend de plus en plus ses distances par rapport au wahhabisme, autrefois dominant. Aujourd’hui déjà, les femmes y bénéficient d’une grande égalité professionnelle, peuvent désormais se déplacer librement, etc. La fréquentation des cinémas, des festivals de musique, etc. connaît une croissance fulgurante en Arabie saoudite.
  1. À ce jour, il n’existe pas de chiffres globaux fiables concernant l’ampleur de la coopération économique entre les États du Golfe et les pays du Sud, ce qui explique en partie pourquoi l’APD fournie par les États du Golfe est systématiquement sous-estimée. Ce n’est que récemment que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont commencé à communiquer, au moins en partie, leurs données relatives à l’APD à l’OCDE.

    La coopération économique avec les pays du Sud englobe l’engagement, qui perdure depuis des décennies, des fonds de développement de ces États ou de la Banque islamique de développement, une aide humanitaire de grande envergure, un soutien massif au développement des infrastructures en Afrique dans le domaine des énergies renouvelables, mais aussi des ports (DP World), un soutien important aux initiatives multilatérales dans le domaine de la santé (GAVI, Fonds mondial pour la santé) et des investissements dans le secteur de l’éducation. Et cela inclut bien sûr également d’importants investissements directs. Les frontières entre l’aide concessionnelle et les investissements commerciaux sont souvent floues, ce qui complique encore davantage l’identification de la part pure de l’APD. On ne se trompe toutefois probablement pas en supposant que les États du Golfe en Afrique mobilisent actuellement, tant dans le domaine de l’APD que dans celui des investissements commerciaux, au moins 50 % des montants que l’UE y investit actuellement au total.
  1. Les motivations qui sous-tendent ces investissements des États du Golfe sont multiples. Les intérêts économiques prédominent sans aucun doute. Ainsi, si les Émirats arabes unis s’engagent aussi fortement au Soudan, c’est notamment parce qu’ils souhaitent avoir accès aux gisements d’or de ce pays afin de renforcer leur rôle, déjà prépondérant, dans le commerce international de l’or. On souligne également souvent l’« accaparement des terres » pratiqué par les pays producteurs d’or en Afrique, grâce auquel ils entendent s’assurer à long terme l’accès aux produits agricoles. (Remarque : l’ampleur réelle de cet « accaparement des terres » est toutefois souvent surestimée dans les publications spécialisées. Il existe un écart considérable entre les annonces, les protocoles d’accord signés et la prise de possession effective des terres. En Afrique, ces terres sont souvent déjà habitées et exploitées, et l’expulsion des populations qui y résident s’avère en réalité bien plus complexe et difficile que ne le laissent entendre les déclarations d’intention grandiloquentes.)

    Outre des motivations purement égoïstes, les pays riches ont toutefois souvent intérêt à la stabilisation sociale dans les pays du Sud et investissent donc, par exemple, dans l’éducation et la santé afin de prévenir de nouveaux événements tels que ceux du « Printemps arabe ». Dans le cadre de la « zakat », l’impôt social prévu par l’islam, et des dons volontaires « sadaqah », des considérations purement humanitaires jouent également un rôle.

    Dans l’ensemble, on peut toutefois partir du principe que l’ensemble de la coopération avec les pays du Sud, qui inclut d’ailleurs également les activités des fondations créées par les membres des familles régnantes, est plus ou moins orchestrée de manière centralisée, afin de pouvoir exercer une influence en conséquence dans les pays bénéficiaires.

    Toutefois, certains États du Golfe, situés dans le Sud global, se livrent parfois une concurrence acharnée, de sorte que – comme au Soudan – les différentes factions en guerre civile peuvent s’appuyer sur différents pays parmi ces États du Golfe.
  1. Quelles sont les implications de ce qui vient d’être dit pour l’Allemagne et l’UE ? Les États du Golfe sont devenus, pour les pays du Sud et en particulier en Afrique, un acteur central dont l’importance en matière de coopération économique se rapproche souvent de celle de l’UE. Si les États du Golfe aggravent parfois les problèmes et les conflits dans les pays du Sud (voir le Soudan), ils contribuent par ailleurs de manière significative à la résolution de problèmes mondiaux, par exemple grâce à leurs investissements dans le Fonds mondial pour la santé (Global Health Fund) ou Gavi. Ils sont également devenus un acteur majeur, voire le principal, dans le développement des énergies renouvelables en Afrique. D’ores et déjà, de nombreux projets dans ce domaine ne sont plus uniquement réalisés par des banques de développement occidentales telles que la BEI, la SFI, la KfW ou la DEG, mais généralement au sein de consortiums avec des bailleurs de fonds des pays du Golfe, qui assument souvent la plus grande partie du financement.

    À cet égard, des coopérations existent d’ores et déjà entre les pays riches de l’UE et l’Allemagne, par exemple en Afrique. Il convient d’examiner comment une telle coopération pourrait être renforcée au cas par cas, sans pour autant occulter certains aspects critiques, tels que les livraisons d’armes par les pays du Golfe dans les zones de conflit ou leur soutien à des régimes autoritaires.
  1. Dans quelle mesure l’UE et l’Allemagne constituent-elles des partenaires de coopération pertinents pour les pays du Golfe ? Il convient tout d’abord de noter que l’importance relative de l’UE et de l’Allemagne en tant que partenaires de coopération pour les pays du Sud a considérablement diminué. Les pays du Golfe peuvent et souhaitent mener à bien de nombreux projets et initiatives politiques de leur propre chef ou, par exemple, en collaboration avec les pays du BRICS. L’Occident n’est souvent même plus sollicité dans ce domaine.

    D’un autre côté, les États du Golfe ont également constaté, dans le cadre de la guerre actuelle contre l’Iran, qu’on ne peut absolument pas compter sur les États-Unis et que la politique imprévisible de Donald Trump leur cause de graves problèmes, comme par exemple la destruction massive d’installations pétrolières et d’infrastructures par les missiles iraniens. C’est pourquoi les États du Golfe manifestent désormais un regain d’intérêt pour la coopération avec des partenaires fiables, qui respectent dans une certaine mesure un ordre mondial fondé sur des règles. L’UE et l’Allemagne peuvent tirer parti de ce regain d’intérêt pour développer également des coopérations dans les pays du Sud.
  1. Une coopération d’égal à égal avec les pays du Golfe. Qu’est-ce que cela signifie ?

    L’Allemagne, mais aussi et surtout les Verts et le gouvernement « Ampel », ont accordé ces dernières années une très grande importance à une « politique étrangère et de développement fondée sur des valeurs ». Cela s’est notamment traduit par le port d’un ruban LGBT par la ministre de l’Intérieur Faeser lors de la Coupe du monde de football au Qatar. Ce geste a été perçu non seulement au Qatar, mais aussi dans une grande partie du monde arabe, comme une provocation et une ingérence totalement inappropriée dans les affaires intérieures du pays hôte. Cet acte symbolique a clairement nui aux relations avec le Qatar, y compris sur le plan social.

    D’une manière générale, les pays du Golfe ne se laissent pas donner de leçons par l’Allemagne en matière de droits de l’homme. Les tentatives en ce sens sont rapidement balayées par l’argument selon lequel l’Allemagne tolère de facto les violations massives des droits de l’homme commises par Israël à l’encontre des Palestiniens. Il n’y a guère de place pour la discussion à ce sujet.

    Si l’Allemagne et l’UE souhaitent renforcer, ne serait-ce que partiellement, leur coopération avec les pays du Golfe, elles devront rapidement mettre de côté l’« élan missionnaire » d’une politique étrangère fondée sur les valeurs et s’efforcer plutôt d’adopter une approche valorisante, qui reconnaisse avant tout que leurs partenaires poursuivent également des intérêts et des valeurs différents. Il convient par ailleurs de noter que les pays du Golfe ne se considèrent pas comme de simples bailleurs de fonds dans le cadre de la coopération au développement, mais comme des partenaires expérimentés et disposant d’un excellent réseau, qui souhaitent être impliqués sur un pied d’égalité dans la planification, la conception et la mise en œuvre des projets. Dans un partenariat stratégique ainsi fondé sur l’estime mutuelle, il sera alors possible de discuter, au cas par cas, de points de vue divergents.

    Cela ne doit toutefois pas nous empêcher, bien sûr, de critiquer clairement, par exemple, les livraisons d’armes par les États du Golfe vers des zones de conflit et l’accaparement massif des terres – lorsqu’il a lieu. En fin de compte, il s’agit de trouver un équilibre entre une coopération respectueuse, des intérêts communs et divergents, et les critiques nécessaires. Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas non plus impossible.

Photo de couverture : photos de Lamya Kaddor, © Superbass / CC-BY-SA-4.0 (via Wikimedia Commons) et de Sebastian Sons, URL : https://carpo-bonn.org/uber-uns/team/team/dr-sebastian-sons, les droits d’image restent la propriété des auteurs

Autor

  • 70 ans, marié, trois enfants et bientôt quatre petits-enfants. J'ai étudié l'économie à l'université de Münster, puis j'ai suivi le cours de troisième cycle de l'Institut allemand de politique de développement (aujourd'hui IDOS).

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Une coopération avec les pays du Golfe du Sud a-t-elle un sens ?

Roger Peltzer


[wpml-string context="pb-bioinfo" name="info-1"]70 Jahre alt, verheiratet, 3 Kinder und 4 Enkelkinder. Ich habe an der Universität Münster Volkswirtschaft studiert und anschließend den postgraduierten Kurs am deutschen Institut für Entwicklungspolitik (heute IDOS) absolviert.[/wpml-string]


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